György Selmeci : Étoile, fouet et chair - Expéditions dans le Chaos
- 9 janv.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 févr.
Exposition du 15 février au 28 février 2026 : Dessins – Figures, signes et surfaces mentales
Exposition du 31 janvier au 14 février 2026 : Étoile, fouet et chair - Expéditions dans le Chaos
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Veuillez trouver ci-joint la liste des œuvres exposées.
György Selmeci est un poète et artiste hongrois. Son travail se situe à la croisée de l’écriture, du dessin et de formes expérimentales où le texte engage le corps, la matière et le geste. Héritière des avant-gardes du XXᵉ siècle, son œuvre explore les limites du langage et affronte le chaos du monde contemporain dans une écriture radicale, fragmentaire et incarnée.
Ses livres et ses œuvres visuelles composent un champ d’expérimentation où la poésie devient expérience physique et sensible. Étoile, fouet et chair (Expéditions dans le Chaos) s’inscrit pleinement dans cette démarche exigeante, marquée par l’intensité expressive et la tension formelle.
Gouaches sur papier
Figures primaires et mythologies élémentaires
Dans cette série de peintures sur papier, György Selmeci radicalise son langage. Là où les dessins ou peinture développent des récits, cette série d’œuvres fonctionnent comme des apparitions. Les figures sont isolées, agrandies, presque totémiques. Elles occupent l’espace avec une frontalité assumée. La palette — rouge vif, jaune acide, vert dense, bleu profond, noir massif — impose une intensité presque primitive. La couleur n’illustre pas : elle affirme. Elle découpe, oppose, hiérarchise. Chaque teinte agit comme un champ de force autonome. Le contraste est brutal, volontairement sans nuance, ce qui renforce la dimension symbolique des formes. Les corps sont simplifiés à l’extrême : silhouettes, profils, torses réduits à des signes. Les yeux, toujours présents, demeurent le centre magnétique de l’image. Ils ne décrivent pas une identité psychologique ; ils incarnent une vigilance, parfois une inquiétude. Ces figures semblent à la fois archaïques et contemporaines, comme issues d’une iconographie universelle réactivée.
On retrouve les motifs récurrents de Selmeci : croix, spirales, étoiles, formes animales, signes énigmatiques. Mais ici, ils ne sont plus intégrés à une narration. Ils flottent dans l’espace pictural, presque comme des emblèmes. La dimension politique ou religieuse devient plus abstraite, moins ironique que dans ses dessins. Elle se condense en symbole pur.
Ces œuvres ne racontent pas : elles s’imposent. Elles fonctionnent comme des icônes laïques, des mythologies personnelles. Entre art brut, modernisme tardif et mémoire des avant-gardes européennes, Selmeci poursuit ici une recherche sur la figure comme signe — un signe qui résiste à l’interprétation univoque.
Dans cette série, le chaos narratif laisse place à une forme d’évidence visuelle. Le monde n’est plus décrit : il est réduit à quelques forces essentielles — regard, couleur, tension, présence.
Les dessins :
Les dessins de György Selmeci déploient un univers à la fois naïf en apparence et profondément subversif dans son contenu.
Sous un trait volontairement simple, presque enfantin, se cache une pensée critique acérée, nourrie de références religieuses, politiques et sociales.
Les figures masquées, les regards dissymétriques, les corps fragmentés ou disproportionnés traduisent une instabilité du sujet contemporain, pris dans des systèmes qui le dépassent. Le texte, souvent manuscrit, n’illustre pas l’image : il la contredit, la trouble, l’ironie ou l’exacerbe.
Croix, drapeaux, chiffres, avions, chiens, tours ou figures christiques composent une iconographie où le sacré et le profane se confondent.
La violence y est présente, mais sans pathos : elle apparaît presque banalisée, intégrée au décor du monde moderne. L’humour noir agit comme une stratégie de survie face à l’absurde. Le papier fragile, parfois irrégulier, renforce l’idée d’une œuvre précaire, exposée, vulnérable.
Chaque dessin fonctionne comme une fable instable, entre satire et méditation. Chez Selmeci, le chaos n’est pas désordre : il est la forme même d’une lucidité inquiète.

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Figures, signes et récits instables d’un monde désaccordé
L’œuvre de György Selmeci s’organise autour d’un paradoxe fécond : elle donne l’impression d’un langage immédiat, presque enfantin, alors qu’elle repose sur une construction mentale complexe, nourrie d’histoire, de politique, de symboles et de récits fragmentés. Les œuvres que tu montres — collages, peintures, dessins, pièces très épurées ou au contraire saturées — révèlent une pensée qui ne cherche jamais l’illustration, mais la mise en crise du sens.
Le visage comme lieu de fracture
Le visage est un motif central. Mais chez Selmeci, il n’est jamais portrait : il est masque, surface instable, terrain de projection. Les yeux sont souvent dissymétriques, colorés différemment, parfois absents ou déplacés. Le visage n’exprime pas une psychologie ; il expose une impossibilité de cohérence.Ces figures semblent regarder sans voir, ou voir trop. Elles incarnent un sujet traversé par des forces extérieures — idéologiques, religieuses, historiques — qui le dépassent.
Texte et image : un dialogue conflictuel
Les inscriptions manuscrites (« dieu », « l’enfer », « je connais des secrets », « il a été poignardé par derrière »…) ne viennent jamais expliquer l’image. Elles la déséquilibrent. L’écriture est volontairement naïve, parfois fautive, parfois emphatique. Elle agit comme une voix intérieure, fragmentaire, proche du murmure ou du cri.
Chez Selmeci, le texte est un sabotage du discours rationnel. Il ne produit pas du sens stable ; il crée une tension, une inquiétude. L’image et le mot ne se confirment jamais mutuellement : ils se contredisent, se déplacent, s’annulent partiellement.
Le religieux, le politique, le mythe : un même matériau
La présence récurrente de figures religieuses, de références au sacré (« dieu », croix, triangles symboliques), mais aussi d’éléments politiques (drapeaux, étoiles, chiffres, références idéologiques) montre que Selmeci traite ces registres comme des formes de pouvoir équivalentes.Il ne hiérarchise pas le sacré et le profane : il les montre comme des constructions humaines, des récits qui structurent et contraignent.
Le mythe n’est jamais célébré. Il est mis à distance, parfois tourné en dérision, parfois rendu inquiétant. Le religieux devient une iconographie mentale, non une croyance.
Géométrie : tentative de contrôle du chaos
Les cubes, pyramides, parallélépipèdes, sphères et schémas perspectifs reviennent de manière obsessionnelle. Ils incarnent la tentation de l’ordre, de la raison, de la maîtrise du monde. Mais ces formes sont toujours instables : mal alignées, bancales, isolées, parfois absurdes.
La géométrie n’est pas ici une utopie moderniste. Elle est une illusion de maîtrise, confrontée à la fragilité de l’humain, à la violence du réel, à l’irrationalité des systèmes.
Violence sourde et banalité du drame
Certaines œuvres introduisent explicitement la violence — poignard dans le dos, figures disloquées, corps fragmentés — mais sans pathos ni dramatisation. La violence est montrée comme un fait ordinaire, presque administratif.Cette absence d’effet spectaculaire est essentielle : elle renvoie à une vision du monde où le drame est intégré au fonctionnement normal des structures sociales, politiques et symboliques.
Le collage comme mémoire matérielle
Les collages sur papier, carton, journaux ou documents récupérés inscrivent l’œuvre dans une matérialité fragile, précaire. Le support est déjà chargé d’histoire avant même l’intervention picturale. Selmeci ne recouvre jamais complètement ces surfaces : il les laisse visibles, comme si le passé résistait à l’effacement. Le collage devient ainsi une archéologie du présent.
Une œuvre européenne, profondément
Tout dans l’œuvre de Selmeci renvoie à une conscience européenne : fragmentation des récits, mémoire des idéologies, ironie tragique, coexistence du grotesque et du grave. On peut évoquer des proximités avec l’Art brut, CoBrA, certaines formes d’expressionnisme ou de figuration narrative, mais Selmeci ne se situe jamais dans la citation.Il travaille dans un espace singulier : celui d’une lucidité inquiète, où l’humour est une forme de survie, et l’art une manière de rester humain face à des systèmes qui écrasent.
Exposition : Dessins – Figures, signes et surfaces mentales
Exposition : Étoile, fouet et chair - Expéditions dans le Chaos











































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