Anthony Bannwart


Anthony Bannwart

Quarantine, 2020 Huile, gesso, aquarelle sur toile et acier rouillé

200 x 124 x 2 cm

Né en 1975 à la Chaux-de-Fonds (Neuchâtel, CH), formé chez un maître en bijouterie et design à Frankfort (DE), il étudie ensuite les arts visuels et se spécialise en vidéo et en film à la Central St. Martins College of Art and Design à Londres (ENG). Anthony Bannwart vit et travaille entre Rolle, la Chaux-de-Fonds et Gstaad (CH).

Au fil des années, artiste interdisciplinaire, Anthony Bannwart a eu pour constance ses écritures, en marge de ses projets évolutifs et de multiples séries de travaux participant à des thématiques indissociables de l’artiste telles que le temps et sa mesure que l’on retrouve, entre autres, dans ses cordes sculptées Résilience, dans son hommage à la géométrie sacrée avec la Suite de Fibonacci ou encore dans les installations performatives Après l’Extase, figées dans le temps sous forme de peintures. En résidence aux Editions du Griffon en 2016, Anthony Bannwart imagine le livre d’artiste Conversation avec Stendhal et son ouvre-lettre en bronze conçu pour ouvrir les pages reliées d’une édition de luxe des Chroniques Italiennes de Stendhal de 1947.

Dans son œuvre « Quarantine » des blocs de 5 traits (4 verticaux et un transversal) parsèment méthodiquement une toile en lin. Encadrée par une imposante plaque de métal corrodée et rouillée, l’œuvre peut être décryptée comme une tentative de faire interagir le temps subjectif (coches marquées par l’artiste sur la toile) enfermé dans un temps physique, laissant son empreinte progressive sur la matière. L’esthétique de l’œuvre pourrait faire référence à l’expérience vécue par le prisonnier cochant les jours qui passent dans sa cellule, où l’espace qui s’impose au corps devient le bourreau d’un temps ressenti par l’esprit. Ainsi, la flânerie de l’imagination ne peut que se consumer rapidement face à l’oisiveté forcée de l’enveloppe charnelle humaine.

Extrait du texte d’Alan Marzo, Cinq maris pour une Madeleine (2020), écrit pour le catalogue de l’exposition Poïétique de la Galerie du Griffon

"Quarantine" (Quarantaine en français) est une déclinaison sur le temps débutée en 2000 à Londres par l’artiste débarquant de ses années en Allemagne, et poursuivant à ce point les principes mis en oeuvre là-bas avec comme thèmes la structure, le rythme, et la série. S’agissant d’une recherche sur le temps et sa mesure, la durée ou période est ainsi définie par la taille des traits inscrits - marques par groupe de 5 traits - permettent soit de percevoir sur canevas aux dimensions identiques à chaque fois et toujours emprisonné dans sa tôle d’acier rouillé, une période de plus ou moins une décennie, soit une ère de plus ou moins un siècle. Les marques ainsi multipliées par groupes de 5, et formant des surfaces sur la toile, composent une visualisation du temps et donc d’un espace donné, capitale aux yeux d’Anthony Bannwart. Il existe à ce jour 5 oeuvres uniques issues de cette série en 2020, véritables garde-temps pour l’artiste. Cette série est toujours en cours dans l’atelier de l’artiste, laissant la tôle se rouiller avec le temps d’une part, et ajoutant des traits sur la toile chaque 5 secondes durant plusieurs heures.

Texte d'Anthony Bannwart à propos de la série Quarantine